A l'ombre d'Ombre

02 mai 2012

Grosse colère !!!

aujourd'hui...L'objet de cette colère ? Le tatouage qu'un pantalon taille-basse a dévoilé sur le dos de ma fille alors qu'elle se baissait pour déposer sa valise.colère

Ma dernière est une jeune fille au look peu ordinaire. Après avoir passé son enfance dans l'ombre de ses soeurs, elle a décidé, adolescente, de ne plus être invisble. Promesse tenue !!! Elle a eu une période emo pure et dure et arbore maintenant, depuis deux trois ans environ, une chevelure ... comment dire ? Flamboyante, multicolore et très variable. Cet hiver, elle est allée jusqu'à se raser une partie du crâne...Je ne vous dis pas ma réaction!!!

Entre discussion et colère, le chemin n'est pas toujours facile à tracer...Il me faut lâcher sur certains points, surtout qu'elle n'arbore jamais de tenue vulgaire, tout est toujours très assorti, original (doux euphémisme!!!) mais toujours stylé.

Son maquillage est unique : il tient plus de l'oeuvre d'art éphémère que du maquillage classique. Mais, j'avoue, c'est toujours fin et délicat.
Bon, vous l'aurez compris, impossible de se déplacer dans la rue sans que les gens se retournent sur nous. Je ne le vis pas toujours très bien : entre les têtes qui se dévissent pour l'examiner de pied en cap le plus longtemps possible, les regards étonnés, voir éberlués, qui la découvrent puis les mêmes yeux qui se posent sur moi et se teintent de désapprobation (comment peut-elle accepter voir autoriser cela !!!), c'est parfois lourd.

Mais il y a un point sur lequel elle savait mon opposition ferme et définitive : le tatouage. Nous en avions suffisamment parlé !
Et cet après-midi, je découvre que une espèce de courbe d'électrocardiogramme zèbre le bas de son dos. Une immense colère monte en moi ! D'abord, je lui dis juste ce que je viens de découvrir. Elle est embêtée : son secret était bien gardé depuis 5 mois !

Je rumine tout l'après-midi, sentant ma colère intacte, bouillonnante. Et ce soir, je lui parle, lui nomme cette colère...et lui demande ce que signifie, pour elle, ce tatouage inesthétique mais pour le moins original.
Elle baisse les yeux, met de longues minutes à me répondre, avec beaucoup d'émotion : "cela symbolise mon séjour au centre".

 Et là, ma colère s'effondre, je suis muette : il y a trois ans, ma fille a été atteinte d'un syndrôme de Guillain Barré. Un joli nom pour une sacrée s.aloperie : l'organisme autodétruit ses propres nerfs, ses propres muscles. Ma fille aurait pu mourir, elle a juste dû être déscolarisée une année entière pour être prise en charge dans un centre de rééducation fonctionnelle. Un centre où elle a côtoyé des enfants très jeunes atteints de pathologies gravissimes. Elle s'était attachée à un petit garçon de 5 ans qui est d.écédé pendant son séjour. Ma fille n'avait que 15 ans, elle a été marquée au fer rouge par ce décès.

En vous écrivant, je réalise que c'est cette déchirure intérieure qu'elle a voulu matérialiser sur son corps. Je regrette ce geste mais surtout...j'ai mal pour elle : quel poids portait-elle en elle, en silence, pour aller jusqu'à en graver le symbole à vie dans sa peau ?

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12 avril 2012

Ma grand-mère...

Ma grand-mère... Il s'agit de ma grand-mère paternelle. La mère de ma mère étant morte alors que j'avais onze ans, je n'en garde qu'assez peu de souvenirs. Le mariage de ma mère avec mon père, un "mécréant athée", avait marqué, je crois, une rupture plus ou moins silencieuse avec sa famille. Nous n'allions la voir qu'une fois par mois, à une époque où le téléphone n'était pas encore arrivé dans toutes les maisons. Ce qui ne facilitait pas vraiment les échanges. Je me souviens que ma mère prévenait sa mère de notre venue par lettre. Cela semble si loin ! Et pourtant, je n'ai pas encore atteint le demi-siècle !

Ma grand-mère....La seule évocation de ce nom fait remonter, jaillir devant mes yeux une floppée de souvenirs, certains très doux, d'autres très durs. Parmi les plus doux, il y a la voix de ma grand-mère nous racontant inlassablement, à ma soeur et moi, l'histoire de Couffi-Couffou alors que nous gagnions tout doucement le pays des rêves, bordées serré dans des draps qui sentaient bon le propre. Cette voix qui égrenait aussi avec tendresse les souvenirs de son grand-père paternel, un homme qui l'avait fortement marquée...

Il y a  sa voix, toujours,  qui chantait en écho à celle de mon grand-père, dans la voiture, alors que nous allions nous promener en forêt de Fontainebleau, loin des sentiers battus, dans des endroits presque connus d'eux seuls. Deux merveilleux choristes qui interprêtaient avec bonheur des chants polyphoniques...

Plus tard, il y a encore tous ces Noël fêtés dans leur maison, avec mes filles alors toute petites. L'émerveillement des enfants, la cuisine divine de ma grand-mère, les discussions de grand-mère à petite fille. Des discussions dans lesquelles ressortait aussi son caractère dur, intransigeant.

Des souvenirs durs, le pire fut le rejet que je subis lorsque je choisis de quitter le père de mes filles. A l'instar de mes parents, mes grands-parents choisirent de me fermer leur porte au nez. J'avais pourtant un instant espéré leur indulgence à défaut de leur compréhension. J'étais allée les voir pour leur expliquer mon choix. Après notre entretien, j'avais à peine eu le temps de regagner mon domicile que le téléphone sonnait : ma grand-mère disait avoir réfléchi et ne pas accordé foi à un seul de mes propos. Elle me chargeait de tous les torts du divorce, m'accusant d'être "une petite sotte orgueilleuse et égoïste." Nous étions en 2002.

Puis ce fut le silence...long, très long silence...

En 2006, avril 2006, je m'en souviens comme si c'était hier, non il y a un instant... Ma mère a été opérée de la rotule au moment où il devint évident que mon grand-père ne pouvait plus vivre avec ma grand-mère. Il venait, à deux reprises, dans des crises de "démence", de tenter de la tuer. Mon père devait s'occuper de ma mère en maison de repos à 25 kms au nord de chez lui et aider sa mère qui habitait à 25 kms au sud de chez lui.

Mon père est quelqu'un de fragile, sujet à des dépressions profondes...Lorsque ma soeur m'apprit ce qui se passait, malgré les 4 ans de silence, les fêtes de "famille" passée seule devant ma télévision, pendant que ma famille festoyait avec mon ex...malgré tout cela, je pris le téléphone et proposais à mon père de m'occuper de ma grand-mère. Il accepta avec soulagement.

 Suivirent des jours très forts : nous cherchâmes ensemble un lieu d'accueil pour mon grand-père qui avait été provisoirement hospitalisé afin que ma grand-mère puisse reprendre des forces. Elle me parla alors de son projet d'adhérer à une association pour mourir dans la dignité. Nous avons énormément, énormément parlé de la vie, de la mort, du droit de choisir sa mort et le moment où elle intervient...mais jamais elle ne voulut parler de ma nouvelle vie. Cependant, elle confia à mon père que je lui fus d'un soutien inestimable en ces jours difficiles, ce qui permit un rapprochement entre lui et moi.

Nous avons repris, presque timidement, des relations un peu plus "normales" : j'ai refêté des anniversaires avec mes parents, avec Elle...Elle qui découvrait la vieillesse solitaire, dans une maison désertée par son mari. Elle qui allait le voir tous les jours dans sa nouvelle maison de retraite et qui revenait chaque fois blessée de le voir s'éloigner dans un univers mental qui lui échappait : il ne savait plus où il habitait, puis il ne la reconnut plus. Il lui demandait même où était sa femme...

En juillet 2007, je lui annonçais que je quittais la région pour venir vivre ici, avec Zhom. J'entends encore sa voix me dire :"Alors, comme ça, tu as décidé de couper les ponts". J'ai trouvé ça fort de café, à l'époque. Ne m'avait-elle pas ignorée pendant quatre longues années? Mais à présent, je revois son menton baissé, son visage fermé, ses yeux qui se dérobaient aux miens. C'était sans doute sa façon de me dire qu'elle ne voulait pas de ce départ, qu'elle appréhendait la distance...Mais dire les choses, simplement, directement, n'a jamais été le fort de cette famille.

Après mon départ, elle a refusé de me téléphoner, mais semblait contente lorsque je l'appelais. Je passais la voir chaque fois que mes pas me ramenaient en Seine et Marne. Elle râlait, alors, que je mette autant de temps à arriver. Elle m'attendait depuis son petit-déjeuner ! Mais me mettait rapidement à la porte pour ne pas - disait-elle- m'empêcher de faire ce que j'avais à faire...

Je crois qu'elle a vécu quatre années très seule et très triste, malgré les visites très régulières de mon père qui passait des journées entières avec elle. Mais elle tenait bon, pour ne pas laisser mon grand-père. Elle voulait veiller sur lui jusqu'au bout. La veille de la mort de son mari, elle a fait un AVC! Quelle coïncidence !

Elle était relativement peu atteinte, mais suffisamment pour ne pas pouvoir assister aux obsèques. Nous sommes allés la voir pour lui raconter...J'ai senti qu'elle ne resterait plus très longtemps.

Mes parents se sont battus contre les médecins de l'hôpital qui avaient mieux à faire que de soigner décemment une femme de 98 ans. Ils l'ont sortie de là pour qu'elle puisse avoir accès à un kiné, une orthophoniste, pour qu'elle puisse vivre décemment ce qu'il lui restait à vivre. Mais le ressort était cassé : alors que le kiné et le personnel médical de la maison de retraite pronostiquaient une guérison complète, elle a choisi de partir, de se laisser partir.

Je l'ai vue une dernière fois, un samedi du mois de mars 2010. Nous étions quatre près d'elle. Deux de mes filles, Zhom et moi. Nous avons beaucoup ri. Elle avait des réparties pleines d'humour, pétillante comme je ne l'avais pas vue depuis longtemps. En partant, je lui ai dit que je revenais trois semaines plus tard, que je voulais absolument la revoir, absolument...

Elle est partie deux jours avant que je ne revienne.

Je ne voulais que la possibilité d'une dernière conversation en tête à tête, un dernier partage de grand-mère à petite fille. Elle me l'a refusé. Elle a accordé ce dernier moment à mes parents qui étaient présents lors de son dernier souffle, à ma soeur quelques jours avant son départ...Elle me l'a refusé. Et finalement, ce refus n'est-il pas la parfaite incarnation de l'essence même de notre relation, entre amour et rejet...

Alors, je l'écris ici, parce que je le hurle dans ma tête depuis deux ans : "Mamie, je t'en veux terriblement de ne pas m'avoir attendue, de ne pas m'avoir accordé ce délai de trois semaines. Je t'en veux d'avoir choisi de tourner le dos à la vie pour t'en aller ainsi, sans que je puisse te dire véritablement au revoir, au revoir comme je l'aurais souhaité. Ce moment qui me fut volé me hante depuis deux ans...

Mais c'est avec une infinie tendresse que je nous vois dans ta cuisine chaque fois que je prépare une soupe, que j'entends ta voix lorsque je lèche la cuillère qui a versé la préparation du gâteau au chocolat dans le moule, que je pense à tes conseils "bio" avant l'heure lorsque je choisis mes légumes...Tant et tant de souvenirs...Avec le temps, je ne garde de toi que l'image d'une femme qui a contribué à faire naitre celle que je suis aujourd'hui"...

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04 avril 2012

Savoir accepter le positif...

Après mon billet de ce matin, et alors que je broyais du noir, j'ai reçu un appel, un appel dont je dois garder trace. Pas pour me jeter des fleurs, juste pour ne pas oublier les cadeaux de la vie.

Après cette entrée en matière bien sybilline, voici de quoi il s'agit : à l'école, en CE1, est scolarisé un enfant présentant des troubles autistiques. Il est accompagné dans la classe, 15 heures par semaine, par P, avsi.

Kesako? me direz-vous. P est auxiliaire de vie scolaire "individuel" : il ne s'occupe que d'un enfant dans la classe. Il l'aide à comprendre les consignes, l'encourage à dépasser ses difficultés, réexplique lorsque l'enfant en a besoin.

P est quelqu'un de consciencieux, toujours de bonne volonté. Lorsque j'ai besoin, par exemple, qu'il aide à la surveillance de la cour de récréation, il ne dit jamais non alors que cela ne rentre pas dans ses attributions. Il se mêle facilement à l'équipe enseignante, aime parler, plaisanter.

P vient à l'école en train. Les horaires du Dieu SNCF le font partir de chez lui à 7 heures du matin pour arriver à l'école à 8h40, soit 10 minutes de retard. La directrice d'une autre école, dans laquelle il travaille également, ayant fait un rapport désastreux sur son travail en raison de ces 10 minutes de retard, P m'a demandé si je souhaitais qu'il prenne le train de 5h30 pour arriver à l'école avant l'heure. J'ai refusé : 10 minutes de "retard", c'est le temps que mettent les enfants pour monter les escaliers, entrer en classe et se mettre au travail. La présence de P n'apporterait rien de plus à l'enfant dont il s'occupe... Je préfère qu'il arrive à 8h40 mais qu'il soit là à 100%, plutôt qu'il arrive à l'heure en traînant des pieds.

P traverse une sale période sur le plan personnel. Son père est en train de partir tout doucement, mais dans des conditions de vie végétative assez difficiles à supporter pour son entourage. Mardi matin, P m'a appelé pour me dire qu'il avait dû se rendre en urgence à l'hôpital, au chevet de son père, mais qu'il serait à l'école l'après-midi.

Je lui ai alors conseillé de prendre son temps. De rester auprès de son père aussi longtemps qu'il en aurait besoin...il a finalement passé la journée avec lui.

Ce matin, le portable sonne. Très étonnée, je découvre que mon interlocuteur est P : il m'appelle pour me remercier de ma compréhension, de l'empathie que je témoigne à son égard et ajoute : "Je ne sais pas te le dire dans l'enceinte de l'école car je ne sais pas si c'est le lieu et puis, je ne sais pas parler de ces choses, mais je tenais à te dire à quel point je t'apprécie et à quel point j'apprécie la directrice que tu es. J'espère rester dans ton école et avoir la chance de travailler encore longtemps avec toi."

Wahou !!! De tels retours sont de vrais cadeaux!!! Surtout lorsqu'ils arrivent dans un moment de fragilité.

Et c'est le deuxième cadeau de la semaine.

J'avais reçu le premier lundi midi : une de mes collègues, M, essaie désespérément d'avoir un enfant. Elle en est au stade des inséminations : chaque mois, piqûres hormonales, puis échographie , puis insémination dès le pic d'ovulation. Cela implique des départs imprévus de l'école ou des arrivées tardives. Je l'accompagne de mon mieux, en lui facilitant la gestion des absences.

Elle m'a dit, lundi, qu'elle était très sensible à ma gentillesse, qu'elle trouvait important de me le dire. J'en suis restée sans voix car elle s'extériorise très peu et présente un abord un peu revêche à qui ne la connaît pas bien.

Je suis devenue directrice parce que je n'en pouvais plus de subir la mauvaise foi, l'incompétence, l'arrogance voir l'attitude dictatoriale des directrices qui ont croisé mon chemin. Mes motivations étaient de ne plus vivre cela mais aussi de ne pas faire subir cela à mes collègues.

Parfois, je me surprends à penser que j'ai réussi. Les retours de P et de M m'amènent à croire un bref instant que je suis une "bonne" directrice, ou tout au moins que je peux avoir des qualités qui m'aident à "gérer" le côté "ressources humaines".

J'avais besoin de l'écrire pour m'en souvenir car...je sais que je retomberai dans le doute et l'auto-dépréciation très vite...Quand arriverai-je à lâcher le fouet avec lequel je me flagelle si aisément ?

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Je vais bien, tout va bien, je ne vois pas pourquoi, pourquoi ça n'irait pas.

moralIl fait beau, l'air ambiant sent le printemps...Zhom rentre ce soir d'un déplacement de cinq jours en Bretagne, et ne repartira pas avant mardi prochain.

Je tiens bon dans ma reprise en main Wetwet : j'ai perdu 5 kilos en quatre semaines, mon corps s'affine, notamment mon ventre, qui  semble décidé à fondre, ma silhouette commence à supporter mon regard dans le miroir (supporter, hein, pas aimer, faut pas exagérer non plus!!!).

Il y a une super-ambiance à l'école, je ne compte plus les fous-rire qui nous prennent en récréation, le midi, le soir, parfois même juste comme ça en vitesse entre deux portes. Nos élèves sont adorables, à chaque sortie avec d'autres écoles, je constate à quel point ils sont vraiment chouettes...

Bref, tout va bien, je vais bien, je ne vois pas pourquoi,pourquoi ça n'irait pas...

Et pourtant...

Mercredi, jour de pause. Depuis trois ans que je suis directrice d'école, j'avais pris l'habitude de partir dès 7h30 le mercredi matin travailler à l'école pour essayer d'abattre tout le travail que je n'ai pas le temps de faire lorsque je suis en classe.

Directrice depuis 3 ans, harcelée par une mère d'élève depuis deux ans...le harcèlement est devenu tellement insupportable en février dernier que j'ai craqué physiquement et arrêté d'aller à l'école le mercredi. Depuis, c'est une matinée sans réveil, une journée à la maison. Et je constate que chaque mercredi, je me sens totalement raplapla : aucune énergie, je fais tout à la vite de l'escargot. Et encore, lui doit aller plus vite que moi !!!
Ranger la maison me pèse, faire les courses est une corvée...

Aujourd'hui, en plus, j'ai le moral dans les chaussettes : depuis trois ans, je me démène pour redonner vie à l'école dont je suis la directrice. Projets, sorties, festivités au sein de l'école, travail d'équipe qui permet aux élèves d'améliorer de façon sensible leurs résultats...je crois qu'ensemble, nous avons fait tout ce qui était possible.
J'aimerais recevoir une reconnaissance du travail accompli ; et cette reconnaissance passe par une hausse des effectifs de l'école. Quand je suis arrivée ici, l'école était moribonde : fuite d'élèves, plus de vie... L'ancien directeur avait tellement fait fuir les familles qu'il a "réussi" à faire  fermer trois classes en 5 ans de direction !

Au bout d'un an de direction, j'ai obtenu une ouverture de classe. Mais cette ouverture est très fragile. Chaque déménagement d'une famille rend l'équilibre toujours plus précaire.

Et chaque année, je tremble : la menace de fermeture de cette classe pèse lourd. Hier, j'ai appris le départ de deux élèves à la rentrée prochaine. Un nouveau déménagement...

Alors, je me sens très, très découragée...

Bon, allez, l'écrire me permettra sans doute de prendre du recul et, de toutes façons...ça ira mieux demain !

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14 mars 2012

Le temps...

horloges (13)« Mon passe-temps favori, c’est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre son temps, perdre son temps, vivre à contretemps. »
disait Françoise Sagan.

Le temps, prendre le temps, avoir le temps, le temps de vivre, le temps de lire...de s'arrêter simplement pour se sentir respirer, s'écouter vivre...

Il y a bien "long temps" que je n'ai plus  le temps...plus pris le temps. Cet invisible qui se dérobe, qui échappe à chacune de mes tentatives de l'attraper, d'en saisir enfin quelque bribes.
Ecrire son nom, simplement taper sur le clavier de l'ordinateur ces cinq lettres me coupe le souffle : je ne suis que course éperdue...

Directrice d'une école de quatre classe, j'enseigne en même temps en classe double, CP/CE1.
Sur le temps scolaire, j'enseigne et je règle, toujours dans l'urgence, les milles problèmes, petits et grands, quotidiens d'une école. Sur mon temps "libre", je prépare, corrige le travail de mes élèves, gère l'animation de l'équipe enseignante, monte les projets pédagogiques de l'année, en assure le bon fonctionnement et le suivi, reçois les parents d'élèves, vais aux réunions de la mairie, organise les réunions de suivi des élèves en difficulté...Bref, la liste est longue. Je passe en moyenne 12 heures par jour à l'école, cinq jours par semaine. Lorsque je suis à la maison, je ...travaille encore et encore.

Les rares moments volés sont consacrés aux amis - rares dans ma nouvelle région mais si précieux, et à notre famille : des parents qui vieillissent et dont on veut profiter au maximum, des moments privilégiés trop rares...

Heureusement, Zhom a un travail aussi prenant que le mien, sinon je ne donnerai pas cher de notre couple. Mais parfois, il aimerait que je lève un peu le pied, que je prenne un peu le temps. Mais alors, les conséquences, le lendemain, dans les jours qui suivent, sont lourdes en fatigue et en efforts pour rattraper ce qui n'a pas été fait.

La plus grande richesse  qui soit donnée , à mes yeux, c'est  le temps. Le temps de se poser sur un banc, au soleil, de fermer les yeux et de ...laisser filer le temps. le temps de ...ne rien faire.

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05 mars 2012

J'voudrais bien mais j'peux point !!!

SAM_27105 mars : il neige !!! Des bourrasques de vent font violemment voltiger des flocons gros comme des boules de coton à démaquiller. Impressionnant! Nous n'avions pas vu ça de l'hiver.
Encore une journée que je vais passer bien au chaud à la maison. Côté activité physique, c'est zéro de chez zéro !
Je ne suis pas une sportive dans l'âme. Mais en ce moment, je bats des records !

Avant de quitter ma région natale, j'ai fait 5 ans de danse orientale. Les deux dernières années, j'y avais ajouté un cours de danse africaine. C'était génial ! Non seulement je m'éclatais en dansant trois heures par semaines, mais en plus je rentrais dans un délicieux 36, chose qui ne m'était jamais arrivée!!!

Puis j'ai rencontré Zhom. Il habitait à plus de 400 kms de chez moi. La seule solution, pour que notre relation puisse vivre, c'était un déménagement. Lui avait deux de ses trois enfants en garde alternée. Il ne pouvait donc se rapprocher de chez moi. Mes deux premières filles étaient déjà en études supérieures et vivaient en foyer d'étudiantes. Ne restait que la troisième qui a accepté de me suivre. J'ai donc quitté ma région et suis venue migrer ici. Nouvelle région, nouveaux repères à construire. J'ai mis longtemps à retrouver des cours pas trop chers, mon budget étant serré. Hélas, l'expérience fut un désastre : aucun atome crochu avec la prof qui a fini par me dégouter complètement de la danse. Dommage !

Alors, avec une amie, je me suis tournée vers la power plate. C'était il y a 18 mois. Sympa ! Mon tour de taille fondait à vue d'oeil. Malheureusement, la power plate a déclenché des douleurs dans les lombaires et ravivé une vieille sciatique qui sommeillait tranquillement depuis des années.
Ma fille aînée, alors suivi par un kiné spécialiste du sport, m'a fortement déconseillé de continuer: j'ai les cervicales fragiles depuis un méchant coup du lapin dans un accident de voiture, les lombaires qui ne valent pas mieux. La power plate présentait plus de risques que d'avantages pour moi.

Enfin, il y a 9 mois, je tente l'expérience Pilates. Super ! J'adore le côté respiration profonde et mouvements associés. Malheureusement, ma prof, très sûre d'elle, ne m'entend pas quand je lui parle douleur. Elle n'a de cesse de me répondre :"Arrête de t'écouter, c'est normal que tu aies mal, tu travailles des muscles oubliés..." Je lui fais confiance, je serre les dents, je "dépasse" la douleur...pour me retrouver un matin complètement coincée. Mme Sciatique a décidé de reprendre les commandes : violentes douleurs dans la fesse droite, jambe droite complètement anesthésiée, je suis obligée de me tenir aux murs pour descendre mon escalier. :-((

Pourtant, je n'ai pas encore atteint le demi-siècle !!! Une alerte rouge clignote devant mes yeux. Je file chez le médecin : arrêt complet du Pilates pendant 2 mois. Tous les symptômes disparaissent. Mais aujourd'hui, j'ai peur de reprendre, peur de me refaire mal. Et surtout, j'ai perdu confiance en la prof...et ne suis pas sûre de pouvoir faire confiance à quelqu'un d'autre.

Alors que me reste-t-il ?
La natation : je n'aime plus les piscines. L'odeur du chlore, les sanitaires qui sentent mauvais...beurkk!
La marche : j'aime, mais comme je pratique seule, elle passe après les courses, le boulot, le ménage, les activités de fifille, les envies de cinéma de Zhom, les courses, le boulot, le ménage, les activités de fifille, les envies de cinéma de Zhom,les courses, le boulot, le ménage, les activités de fifille, les envies de cinéma de Zhom...
Ca, il faut que ça change.

Ma fille aînée vient de courir le semi-marathon de Paris en 2 heures. Je l'admire, cela me fait rêver. Mais je sais que je n'aurai pas le même courage.

J'aimerais essayer la zumba. Une de mes collègues pratique une fois par semaine, elle manquerait son cours pour rien au monde. Mais j'ai peur de me blesser de nouveau. En fait, c'est la peur qui me bloque. Et déverrouiller ce verrou-là, j'ai bien peur que ce ne soit une sacrée paire de manches !!!

Peur, peur, peur, quand tu nous tiens....

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04 mars 2012

Journal d'une future ex-grosse - 3

Dimanche froid et pluvieux. Un de  ces dimanches qui donnent envie de se blottir au fond du canapé, devant la télévision, avec, pourquoi pas, une tartine de Nutella.
Enfin, non, n'exagérons tout de même pas ! Ca frôle la provoc d'écrire ça dans le journal d'une future ex-grosse !

Dimanche difficile  : Zhom et son fils ont voulu aller voir Star Wars au cinéma en début d'après-midi. Pas le temps de s'attarder à table. D'où un déjeuner allégé, je dirais même bâclé : soupe de légumes, salade verte avec 28g de fromage de chèvre frais. Rien de bien consistant.
Du coup, cet après-midi, est revenue la sensation  familière de faim, l'envie de manger...

Point positif : j'ai résisté ! J'ai attendu 16h30 pour faire une vraie collation.
Ca, c'est la preuve que je gère mieux quand je suis à la maison, au repos. Et puis, j'avoue que l'idée de venir ici faire le point, ce soir, de la journée m'a aidée. Pas envie d'écrire que j'avais flanché dès le 4ème jour !!!

Une des difficultés rencontrées, c'est que je ne veux pas dire à Zhom que je recommence W***. Pourquoi ? C'est difficile à dire. Il m'a vue très appliquée, il y a 16 mois, avec de très bons résultats. Mais il a aussi vu que j'ai complètement lâché pendant un an ! Je n'ai pas envie de passer pour une girouette qui commence 3 jours, arrête 15 mois, recommence 5 jours, arrête...
De plus, lors de mon dernier amaigrissement, je ne le sentais pas vraiment à mes côtés. Certes, il était heureux de manger plus équilibré, content d'avoir des repas variés...mais très contrarié de ne pas pouvoir mettre la main à la pâte. Zhom aime contribuer aux tâches ménagères, surtout la cuisine. Or, là,il trouve les recettes trop compliquées, les ingrédients trop nombreux... Pourtant, il a acheté, de lui-même, deux livres de recettes W***, les a méticuleusement feuilletés, puis les a ...sagement rangés. Ils sont à l'abri de la poussière depuis de nombreux mois!!!

Zhom aime mes rondeurs, enfin surtout certaines, me le dit, me le répète.Et je pense qu'un amaigrissement lui fait craindre de les perdre ! Ou alors, il m'aime tellement qu'il n'a pas remarqué que j'ai repris du poids ! Ca, ce serait vraiment chou!

Tiens, je venais parler perte de poids et je parle surtout de lui ! Intéressante cette digression.
En fait, quand je l'ai connu, je pesais 15 kilo de moins qu'aujourd'hui. Aïe, rien que de l'écrire, ça fait mal ! Nous avions eu une discussion sur le fait de prendre du poids, d'être gros. Zhom a toujours eu très peur de devenir gros : son père a longtemps été très mince, puis s'est mis un jour à énormément grossir.
Bref,depuis, il a développé une phobie des kilos superflus. Et je ne lui ai jamais avoué combien de kilos j'avais pris. J'ai peur de voir ce qui pourrait se refléter dans son regard...

Lui est assez gâté par Dame Nature : il peut manger ce qu'il veut sans que rien ne laisse de trace sur sa silhouette! Quoique...les derniers pantalons achetés révèlent un léger renflement au niveau de la taille. Il va falloir surveiller ça!

C'est parce que je ne veux pas en parler avec Zhom, que lorsque j'en parle à mes collègues, j'ai droit au fameux "tu es très bien comme ça", que je suis venue déposer tout cela ici. Essayer de garder trace de mes progrès pour en encourager d'autres...

Et finalement, parler de tout et de rien...surtout de Zhom, apparemment ! :-))

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03 mars 2012

Journal d'une future ex-grosse - 2

Quatrième jour de reprise en mains...en douceur.

Est-ce la magie de l'écriture, le fait d'avoir l'esprit occupé par l'intervention dentaire qui a eu lieu hier après-midi ? Quoi qu'il en soit, plus aucun grignotage depuis mercredi. J'ai même recontacté l'envie de cuisiner, de varier les repas, de découvrir des saveurs nouvelles.L'envie aussi de manger d'avantage de légumes, de fruits.
Le traitement -antibiotiques et anti-inflammatoire- qui accompagne l'extraction des dents de sagesse m'a permis de décliner sans faillir l'invitation à un apéritif, à deux ou trois verres de vins rouges.

Et je me sens bien dans ce rythme retrouvé. Je crains cependant que le fait d'être en vacances soit un facteur déterminant t que le retour à l'école, avec son lot de stress et de soucis, ne marque la fin de cette embellie.
Enfin, profitons de la semaine qui reste pour rester motivée !

Aujourd'hui, dans la boîte à lettres, un petit cadeau : "Le journal d'une ex-grosse". Je vais me glisser avec délices dans sa lecture, comme on retrouve un fidèle compagnon.

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29 février 2012

"J'ai épousé une ombre"

Le titre de ce film, vu alors que j'étais adolescente, m'a toujours fait vibrer. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais il résonne profondément en moi...

J'y repensais ces jours-ci en regardant mon compagnon. Je me disais que le titre, remanié pour nous deux, deviendrait "J'ai épousé une perle"...Après des années d'un premier couple inodore, incolore, sans saveur, quelques années de célibat suite à un divorce,  j'ai la chance, depuis presque six ans maintenant, de partager la vie de cet homme. Profondément bon, bienveillant, aimant.
La chance, oui, vraiment, même si cette chance je l'ai construite de mes larmes, de ma sueur. Cette chance, même si chaque jour je veille à cultiver la flamme, à en prendre soin, à ne pas oublier que tout amour est fragile, que rien n'est jamais acquis.

La chance, oui. Ce sentiment que...finalement...j'ai plus que je ne mérite...Parce que je ressens chez cet homme, "mon" homme", une telle bonté, un tel goût du bonheur, une telle bienveillance envers ses semblables que j'en suis constamment émerveillée.

Je ne suis pas complètement aveugle non plus : il a des défauts, mon Homme. Mais qui n'en a pas ?
Il a ses défauts, ses failles. En tout cas des traits qui m'apparaissent comme tels, qui me blessent parfois, me râpent la peau et l'âme. Mais la force de notre couple c'est que nous pouvons en parler librement. Cette force nous l'avons, parce qu'il sait écouter, accueillir, parler.

Il faudra que je pense à le lui dire : "J'ai épousé une perle".

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Journal d'une future ex-grosse

Il faut que je me motive pour recommencer WW. Six, sept mois que ce leitmotiv tourne en boucle dans ma tête, mais rien n'y fait. Je continue à gonfler, inexorablement.

73 kg. Je n'ai pas fait ce poids depuis la naissance de ma dernière fille...18 ans !!!

Entre septembre et décembre 2010, j'ai perdu 8 kg, très facilement. Je ne sais pas pourquoi : j'avais une motivation inébranlable. Plus d'envie de chocolat, mes collègues en mangeaient tous les midis devant moi sans que jamais, je ne ressente la moindre envie, le moindre chatouillis au creux du ventre.
Plus de restaurant. J'avais de l'énergie à revendre pour préparer chaque jour des repas équilibrés, qui rentraient pile poil dans le programme.
Et la perte de poids était régulière, encourageante...

Pourquoi avoir lâché? Une bêtise, un détail qui m'a profondément blessée. A Noêl, mon père a fait des photos et me les a envoyées. Je m'y suis vue, toujours aussi ronde. L'amaigrissement, visible dans mes vêtements- je faisais alors un petit 38-, n'était pas présent sur les photos.
Alors, quand sont arrivées les premières galettes des rois, j'ai plongé... et n'ai plus jamais retrouvé ni l'énergie, ni la motivation.

Depuis plus d'un an, nous ne mangeons plus équilibré. Les légumes se sont faits plus rares, le poisson a regagné la mer...Lorsque je rentre le soir, souvent tard, je me sens trop fatiguée pour me lancer dans la préparation des repas et je fais le minimum.
Les repas au restaurant ont tendance à se multiplier, les apéros chez les amis aussi...
A l'école, j'ai des crises de manque de chocolat auxquelles je cède, bien évidemment.

Et je me sens si fatiguée!!! Toujours l'impression qu'un peu de chocolat va m'aider à aller mieux.

En fait, le serpent se mord la queue : je suis fatiguée, je mange. Je mange, je grossis. Je grossis, j'ai encore plus de mal à me traîner, je me sens encore plus fatiguée...Et la spirale infernale continue, sous mon regard dégouté.

Il y a quelques jours, j'ai découvert le titre d'un livre : "Journal d'une ex-grosse." Cela m'a fait sourire, mais a aussi ravivé une envie, petite flamme qui vacille depuis quelques mois : écrire le carnet de mes journées alimentaires, des envies qui gênent une alimentation plus saines, des facteurs déclencheurs de manque de chocolat, de grignotages intempestifs.
Ce qui bloque : le manque de temps, la course quotidienne...Comme pour tout!!!

Je travaille tout le temps. Les brefs moments où je ne travaille pas, je culpabilise de ne pas travailler, je pense à tout ce que j'ai à faire, à tout ce que je n'ai pas fait, la boule d'angoisse monte et enfle au creux de l'estomac... et je file travailler, soutenue par une barre de chocolat, une tartine de nutella. Une vraie gamine !!!

Allez, ce matin, je me lance...Premier défi : écrire chaque jour de ces vacances, venir faire le constat de ce qui aura bien été, de ce qui n'aura pas convenu... et voir.

Une opération des dents de sagesse dans deux jours, ça devrait aider aussi !!!

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