Après mon billet de ce matin, et alors que je broyais du noir, j'ai reçu un appel, un appel dont je dois garder trace. Pas pour me jeter des fleurs, juste pour ne pas oublier les cadeaux de la vie.

Après cette entrée en matière bien sybilline, voici de quoi il s'agit : à l'école, en CE1, est scolarisé un enfant présentant des troubles autistiques. Il est accompagné dans la classe, 15 heures par semaine, par P, avsi.

Kesako? me direz-vous. P est auxiliaire de vie scolaire "individuel" : il ne s'occupe que d'un enfant dans la classe. Il l'aide à comprendre les consignes, l'encourage à dépasser ses difficultés, réexplique lorsque l'enfant en a besoin.

P est quelqu'un de consciencieux, toujours de bonne volonté. Lorsque j'ai besoin, par exemple, qu'il aide à la surveillance de la cour de récréation, il ne dit jamais non alors que cela ne rentre pas dans ses attributions. Il se mêle facilement à l'équipe enseignante, aime parler, plaisanter.

P vient à l'école en train. Les horaires du Dieu SNCF le font partir de chez lui à 7 heures du matin pour arriver à l'école à 8h40, soit 10 minutes de retard. La directrice d'une autre école, dans laquelle il travaille également, ayant fait un rapport désastreux sur son travail en raison de ces 10 minutes de retard, P m'a demandé si je souhaitais qu'il prenne le train de 5h30 pour arriver à l'école avant l'heure. J'ai refusé : 10 minutes de "retard", c'est le temps que mettent les enfants pour monter les escaliers, entrer en classe et se mettre au travail. La présence de P n'apporterait rien de plus à l'enfant dont il s'occupe... Je préfère qu'il arrive à 8h40 mais qu'il soit là à 100%, plutôt qu'il arrive à l'heure en traînant des pieds.

P traverse une sale période sur le plan personnel. Son père est en train de partir tout doucement, mais dans des conditions de vie végétative assez difficiles à supporter pour son entourage. Mardi matin, P m'a appelé pour me dire qu'il avait dû se rendre en urgence à l'hôpital, au chevet de son père, mais qu'il serait à l'école l'après-midi.

Je lui ai alors conseillé de prendre son temps. De rester auprès de son père aussi longtemps qu'il en aurait besoin...il a finalement passé la journée avec lui.

Ce matin, le portable sonne. Très étonnée, je découvre que mon interlocuteur est P : il m'appelle pour me remercier de ma compréhension, de l'empathie que je témoigne à son égard et ajoute : "Je ne sais pas te le dire dans l'enceinte de l'école car je ne sais pas si c'est le lieu et puis, je ne sais pas parler de ces choses, mais je tenais à te dire à quel point je t'apprécie et à quel point j'apprécie la directrice que tu es. J'espère rester dans ton école et avoir la chance de travailler encore longtemps avec toi."

Wahou !!! De tels retours sont de vrais cadeaux!!! Surtout lorsqu'ils arrivent dans un moment de fragilité.

Et c'est le deuxième cadeau de la semaine.

J'avais reçu le premier lundi midi : une de mes collègues, M, essaie désespérément d'avoir un enfant. Elle en est au stade des inséminations : chaque mois, piqûres hormonales, puis échographie , puis insémination dès le pic d'ovulation. Cela implique des départs imprévus de l'école ou des arrivées tardives. Je l'accompagne de mon mieux, en lui facilitant la gestion des absences.

Elle m'a dit, lundi, qu'elle était très sensible à ma gentillesse, qu'elle trouvait important de me le dire. J'en suis restée sans voix car elle s'extériorise très peu et présente un abord un peu revêche à qui ne la connaît pas bien.

Je suis devenue directrice parce que je n'en pouvais plus de subir la mauvaise foi, l'incompétence, l'arrogance voir l'attitude dictatoriale des directrices qui ont croisé mon chemin. Mes motivations étaient de ne plus vivre cela mais aussi de ne pas faire subir cela à mes collègues.

Parfois, je me surprends à penser que j'ai réussi. Les retours de P et de M m'amènent à croire un bref instant que je suis une "bonne" directrice, ou tout au moins que je peux avoir des qualités qui m'aident à "gérer" le côté "ressources humaines".

J'avais besoin de l'écrire pour m'en souvenir car...je sais que je retomberai dans le doute et l'auto-dépréciation très vite...Quand arriverai-je à lâcher le fouet avec lequel je me flagelle si aisément ?