aujourd'hui...L'objet de cette colère ? Le tatouage qu'un pantalon taille-basse a dévoilé sur le dos de ma fille alors qu'elle se baissait pour déposer sa valise.colère

Ma dernière est une jeune fille au look peu ordinaire. Après avoir passé son enfance dans l'ombre de ses soeurs, elle a décidé, adolescente, de ne plus être invisble. Promesse tenue !!! Elle a eu une période emo pure et dure et arbore maintenant, depuis deux trois ans environ, une chevelure ... comment dire ? Flamboyante, multicolore et très variable. Cet hiver, elle est allée jusqu'à se raser une partie du crâne...Je ne vous dis pas ma réaction!!!

Entre discussion et colère, le chemin n'est pas toujours facile à tracer...Il me faut lâcher sur certains points, surtout qu'elle n'arbore jamais de tenue vulgaire, tout est toujours très assorti, original (doux euphémisme!!!) mais toujours stylé.

Son maquillage est unique : il tient plus de l'oeuvre d'art éphémère que du maquillage classique. Mais, j'avoue, c'est toujours fin et délicat.
Bon, vous l'aurez compris, impossible de se déplacer dans la rue sans que les gens se retournent sur nous. Je ne le vis pas toujours très bien : entre les têtes qui se dévissent pour l'examiner de pied en cap le plus longtemps possible, les regards étonnés, voir éberlués, qui la découvrent puis les mêmes yeux qui se posent sur moi et se teintent de désapprobation (comment peut-elle accepter voir autoriser cela !!!), c'est parfois lourd.

Mais il y a un point sur lequel elle savait mon opposition ferme et définitive : le tatouage. Nous en avions suffisamment parlé !
Et cet après-midi, je découvre que une espèce de courbe d'électrocardiogramme zèbre le bas de son dos. Une immense colère monte en moi ! D'abord, je lui dis juste ce que je viens de découvrir. Elle est embêtée : son secret était bien gardé depuis 5 mois !

Je rumine tout l'après-midi, sentant ma colère intacte, bouillonnante. Et ce soir, je lui parle, lui nomme cette colère...et lui demande ce que signifie, pour elle, ce tatouage inesthétique mais pour le moins original.
Elle baisse les yeux, met de longues minutes à me répondre, avec beaucoup d'émotion : "cela symbolise mon séjour au centre".

 Et là, ma colère s'effondre, je suis muette : il y a trois ans, ma fille a été atteinte d'un syndrôme de Guillain Barré. Un joli nom pour une sacrée s.aloperie : l'organisme autodétruit ses propres nerfs, ses propres muscles. Ma fille aurait pu mourir, elle a juste dû être déscolarisée une année entière pour être prise en charge dans un centre de rééducation fonctionnelle. Un centre où elle a côtoyé des enfants très jeunes atteints de pathologies gravissimes. Elle s'était attachée à un petit garçon de 5 ans qui est d.écédé pendant son séjour. Ma fille n'avait que 15 ans, elle a été marquée au fer rouge par ce décès.

En vous écrivant, je réalise que c'est cette déchirure intérieure qu'elle a voulu matérialiser sur son corps. Je regrette ce geste mais surtout...j'ai mal pour elle : quel poids portait-elle en elle, en silence, pour aller jusqu'à en graver le symbole à vie dans sa peau ?